Si le taux d’équipement logiciel des cabinets est satisfaisant, la plupart d’entre eux se contentent encore des fonctionnalités comptables et de quelques modules de communication. Les exigences accrues des clients et l’arrivée de l’IA changent la donne. Demain, il faudra être à la page digitale pour bien vendre son cabinet.
Équipés, mais bientôt dépassés ?
Laurent Charrier, associé de Viou & Gouron,l’a remarqué : « l’équipement informatique des cabinets n’est pas aujourd’hui au cœur des échanges lors d’une cession entre professionnels. Le sujet est rapidement évoqué, pour vérifier que le logiciel en place dans le cabinet à racheter est connu et compatible avec celui de l’acquéreur, et la discussion s’arrête souvent là ». L’informatique tient pourtant une place centrale dans la productivité des AdB !
« Tous les cabinets sont équipés de solutions logicielles, au moins pour gérer la partie comptable de leur activité et, assez souvent, pour communiquer avec leurs clients », déclare Edouard Sakakini, Directeur général de Septeo Property Management Solutions. Il rappelle que la profession s’est informatisée assez tôt, en se tournant souvent vers de petits éditeurs régionaux, qui assuraient un support rapproché de leurs solutions. Certains cabinets ont préféré mener des développements propriétaires : « Les grands réseaux ont eu intérêt, pour des raisons d’échelle, à créer leurs propres logiciels et à les déployer sur l’ensemble de leurs agences » continue-t-il.
Le marché était jusqu’à récemment marqué par la stabilité, explique l’éditeur. Les professionnels étaient assez peu enclins à changer des solutions qui avaient fait leurs preuves. Avec les risques d’obsolescence qui en découlent : « aujourd’hui ces logiciels ne sont plus forcément en phase avec les besoins des clients ; les bases de données sont souvent anciennes, et plus ou moins bien entretenues ».
Vers un nouveau standard de qualité de service
Mais ce long fleuve tranquille devient plus turbulent depuis quelques années, et le mouvement est parti pour s’accélérer. Un premier séisme s’est produit avec l’irruption des néo-syndics. Leurs promesses de révolutionner la profession dépendaient avant tout de plateformes logicielles très performantes, pour gérer aussi bien le back-office que la relation client. Et quand leur concurrence agressive a fait long feu, certains d’entre eux ont tenté de changer de modèle économique en route, proposant leur logiciel en mode SaaS… à leurs rivaux d’hier.
Même si les néo-syndics n’ont pas vraiment réussi dans cette démarche, ils sont tout de même parvenus à imposer un nouveau standard de qualité et de fluidité dans le traitement informatique, en particulier vis à vis des clients. Cette approche de bout en bout est aussi au cœur de la démarche de l’éditeur Septeo, qui revendique le leadership du secteur avec 40% de part de marché. Spécialiste des solutions verticales, Septeo a racheté plusieurs spécialistes du secteur de l’administration de biens, et construit une gamme qui promet de couvrir « toutes les chaînes de valeur, par exemple depuis la génération de leads lors d’une mise en vente immobilière, jusqu’à la signature chez le notaire et la mise en location ultérieure ».
L’IA sonne le réveil du marché
Il fallait aussi simplifier la vie informatique des collaborateurs, via des logiciels aujourd’hui en mode full web, avec une accessibilité en mode SaaS généralisée. « Cela signifie une exploitation plus simple, des montées de versions plus rapides, poursuit Edouard Sakakini. Surtout, les cabinets cessent d’avoir à s’occuper des serveurs qui hébergent leurs solutions et n’ont plus à entretenir de compétences purement informatiques ».
Mais la vraie révolution arrive maintenant, sous la poussée de l’IA, notamment de l’IA générative. Septeo s’est fixé comme objectif d’améliorer la productivité de ses clients de 30% à l’horizon 2028 en intégrant ces technologies dans ses produits (programme BRAIN).
Comme la plupart des éditeurs travaillant le sujet, l’éditeur a détecté cinq grands axes de progrès avec ces technologies, qui concernent :
- La gestion des données,
- L’interaction client,
- L’automatisation des tâches,
- Les analyses prédictives,
- La génération de contenus.
La nouvelle génération de bots, par exemple, c’est pour tout de suite : « Rien qu’en prenant en charge les réponses sans ambiguïtés à apporter aux clients, nous allons dès cette année aider les AdB et leurs collaborateurs à respirer. Nous visons les niveaux 1 et une partie du niveau 2 de leurs services de support ».
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En résumé
Marché logiciel en mutation : les administrateurs de biens disposent d’équipements informatiques basiques mais doivent évoluer vers des solutions plus stratégiques face aux nouvelles exigences clients et à l’arrivée de l’IA.
Standard de service rehaussé : les néo-syndics ont imposé un nouveau niveau de qualité dans le traitement informatique et la relation client, poussant l’ensemble de la profession vers des plateformes plus performantes.
Intelligence artificielle transformatrice : l’IA générative révolutionne le secteur avec des gains de productivité attendus de 30% d’ici 2028, notamment via l’automatisation des tâches, l’analyse prédictive et l’amélioration de l’interaction client.
Opportunités d’automatisation : les nouvelles technologies permettent d’automatiser la saisie comptable, la gestion des factures et les réponses clients de niveau 1, libérant du temps pour des services à plus forte valeur ajoutée.
Adaptation nécessaire : les cabinets doivent investir massivement dans leur digitalisation pour maintenir leur compétitivité et répondre aux attentes croissantes de réactivité et de précision de leurs clients.
Critère de valorisation : la maturité digitale des cabinets devient progressivement un facteur déterminant pour leur valorisation lors des cessions entre professionnels.
Valoriser les cabinets en maîtrisant ces nouveaux outils
Autre promesse de taille, la simplification par l’automatisation des saisies de données comptables, et celle des imputations de factures, qui ouvre là-aussi la voie à des économies de fonctionnement et, potentiellement à des réallocations de leurs forces vives sur des services à plus forte valeur ajoutée, comme l’analyse prédictive. Évolutions des loyers, risques associés à certains locataires ou certaines copropriétés, études de marchés pour de nouveaux services, les sujets ne manqueront pas.
Septeo évoque aussi des POC (proof of concept) en cours, sur la gestion des archives, l’assistance aux clients en justice. Certains services innovants pourront être sous-traités, par exemple l’analyse des dossiers de candidats à la location, avec des start-up qui proposent une vérification de la véracité des documents soumis à approbation grâce à l’IA, dans un contexte d’explosion de la fraude sur ce terrain… grâce à l’IA justement.
L’open data et l’open banking ne sont pas en reste : « les données ouvertes – l’Open Data – facilitent le choix de l’investissement. Elles simplifient l’octroi de crédit, la sélection des candidats à la location, la gestion, la comptabilité et la déclaration fiscale. C’est tout le métier de la gestion d’actifs immobiliers qui se transforme rapidement. La transaction bancaire devient une source de données pour la gestion locative » écrit par exemple Christophe Duprat, CEO de Qlower.
S’armer face aux défis
Dans un contexte général tendu, les propriétaires sont particulièrement attentifs à la qualité du service rendu par le cabinet en échange de ses honoraires. La réactivité opérationnelle, la qualité du suivi, la fluidité dans la transmission des informations et la précision de celles-ci, la tenue des comptes à jour au plus près du temps réel, sont plus que jamais requises. Voilà pour l’absolu nécessaire, qui va déjà requérir des efforts et des dépenses conséquentes sous peine de perdre en compétitivité faute d’être aussi productif que la profession.
Est-il suffisant ? Sans doute pas. Une fois parvenus au nouveau standard, les cabinets devront trouver de nouvelles sources de revenus et de profits en proposant des conseils et des analyses personnalisées, que seuls des logiciels leur permettront d’industrialiser. Encore un challenge à relever !
« S’attaquer au problème demande de l’énergie et une ambition qui n’est pas partagée par tous les professionnels, dont certains préfèrent vendre leur affaire plutôt que d’avoir ce chantier à gérer », note Edouard Sakakini.
La digitalisation des cabinets va devenir progressivement un élément décisif pour leur productivité et leur rentabilité, et donc pour leur valorisation lors de la cession. « Le sens de l’histoire, c’est que les administrateurs de biens accordent de plus en plus d’intérêt aux nouveaux outils. Et que leur maturité en termes de digitalisation devienne un critère d’évaluation lors des transactions entre professionnels », conclut Laurent Charrier.
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